A El Santo, Rey Misterio, el
Minautoro, El Gallo Verde, Dr Wagner…
Voir album qui reste à compléter (j'attends les photos du guide):
Pico-de-Orizaba
5675 mètres. C’est à cette hauteur qu’on avait décidé d’essayer de s’élever pour Noël 2009. Deux ans qu’on y pense, depuis notre arrivée au Mexique. Le Pico de Orizaba, ou Citlaltepetl (la
montagne des étoiles en Nahuatl), le point le plus haut de la République mexicaine, un volcan qui fait partie de la Cordillère néo volcanique qui coupe le Mexique en deux, d’est en ouest.
A force d’en parler, on avait rallié Karel, Rémy et Mélodie à notre cause. On serait donc 5 à tenter
l’ascension.
Depuis le Mexique, on a cherché un guide. On a choisi une organisation italienne, Italian Trek. Le rendez-vous est à Puebla, le 24 décembre. On s’y rend tous les 5, sacs sur le dos, remplis pour
nous des vêtements de montagne que nous ont gentiment amenés les français.
Franco arrive, avec ses 2 guides. On fait rapidement les présentations et puis, en professionnel, il vérifie quelques détails. Quelle expérience en haute montagne ? Toubkal (4167 m), Mont-Blanc (4810 m), il approuve en silence. Je tente un hasardeux
« Volcan Tacana » (mon unique expérience en haute montagne !!!), là il éclate franchement de rire. Ah oui ! Le Tacana ! La plage, quoi !
Deuxième point, le matériel : coup d’œil d’expert de haut en bas sur chacun de nous. Nos
chaussures ne valent rien, on va avoir froid aux pieds et des douleurs…
Conclusion de ce premier contact : On va essayer, on verra bien… Encourageant…
Deux chauffeurs nous emmènent au village au pied du Pico : Tlachichuca. Enfin, quand je dis chauffeur, avec notre chance habituelle, Lodewijk et moi tombons sur un avocat, ami d’un des guides, qui roule bourré et qui veut nous faire découvrir les charmes culinaires et géologiques de la région. Franco
s’arrête plusieurs fois pour le presser de ne plus faire de pauses de ce style. Nous sommes écœurés de toute la nourriture que nous acceptons d’avaler par politesse, effrayés des manières
brusques de notre chauffeur qui ne maîtrise que très moyennement sa voiture automatique. Va-t-on arriver au village ???
Après deux bonnes heures de voyage chaotique, on arrive à Tlachichuca. Déchargement des voitures, chargement des 4x4, pas le temps de traîner, un groupe attend au refuge pour être descendus. On
monte dans la voiture avec un vieux guide, qui vit avec le Pico depuis 35 ans, et qui nous raconte en détails l’accident qu’un ami de Karel, Rémy et Mélo (Samuel) a eu il y a 4 ans. Glissade,
fracture du bassin en mille morceaux… Engageant…
On arrive de nuit au refuge, à 4200 mètres d’altitude. Un fort vent nous accueille, on a du mal à rester debout, et puis, pour les huatulquéniens que nous sommes devenus, le froid est
glacial.
I

nstallation des duvets, pendant que nos 3 guides préparent le repas. Il y a Franco, un italien, la trentaine, alpiniste et formateurs de secouristes depuis des années. Wilfrido, un spéléologue
extraverti et blagueur qui surnomme immédiatement Rémy de « Pollito Caliente » (Petit poulet chaud). Et puis Léo, un mexicain assez discret et incroyablement résistant au froid, qui
dort dans un minable duvet de plage et ne nous dira qu’une seule chose, ce soir-là : « J’aime le froid » (il parle un peu français).

Le repas englouti, on fête Noël, à la dure, puisqu’à cette altitude Franco nous interdit strictement de boire ne serait-ce qu’une seule gorgée du mezcal que j’ai ramené de Huatulco. Wil a apporté
quelques pétard, que chacun jette dans le noir, et qui résonnent dans la montagne.
On a un sommeil un peu agité, le vent souffle, la porte d’entrée tape, notre tête est douloureuse à cause de l’altitude.

Le lendemain, c’est la journée d’adaptation. Le vent redouble de violence. Un Japonais et son guide, partis en pleine nuit, renoncent à l’ascension, les bourrasques sont beaucoup trop violentes
sur le glacier. Désespérant…

On décide alors de faire une prière, tous vêtus de nos masques de luchadores (catcheurs) qu’on a achetés à Puebla, pour le cas où on arrive au cratère. Karel, notre chef spirituel, se découvre
des talents d’orateurs, en prêtre aztèco-breton…
On part pour une petite marche d’une heure, Franco veut certainement tester notre résistance à l’altitude, peut être notre
obéissance…


Là encore, Wil organise une petite cérémonie, pour demander la permission au Pico de le gravir et surtout pour faire baisser le vent, qui interrompt aussi notre petite rando, car beaucoup trop
violent.
Vu d’en bas, le Pico nous enseigne l’humilité… Impressionnant…

Vient ensuite l’heure d’essayer les gants, les pantalons de ski, les crampons, les piolets. L’ascension se compose de deux parties : une première
de roche, appelée le Labyrinthe, et un glacier, de 700 mètres. Franco nous enseigne à nous arrêter avec le piolet dans le cas où on glisserait sur le glacier. Cette idée, ainsi que le souvenir de
l’accident de Samuel, me laissent une forte impression. Effrayant…

Le soir il faut se coucher tôt car on va partir à 3 heures du matin, pour atteindre la cime (ojala !) le matin, avant que le vent ne soit trop fort. On est presque à faire une croix sur la
montée du glacier. A 18h, tous au lit. C’est difficile de dormir, le vent redouble de violence pendant la nuit. Un calvaire, surtout pour Mélo, victime d’une gastro foudroyante, qui se lève
plusieurs fois pour vomir.

A 3 heures du matin, du thé chaud, des céréales et de la papaye dans le ventre, on part, frontale au casque.
La partie rocheuse se fait assez rapidement. Le rythme est bon, on ne fait de pauses que pour attendre la pauvre Mélo qui se vide tout ce qu’elle peut. Je ressens une douleur dans le cou et les
trapèzes, qui s’atténuera avec l’effort de la marche. Techniquement pas de difficulté particulière, jusqu’à ce qu’on enfile nos crampons dans le noir. Trois cordées sont faites : Karel le
Gourou et Pollito Caliente avec Wil, Mélo avec Léo, qui la soutiendra dans chaque situation difficile, Lodewijk et moi avec Franco.

On escalade quelques parois un peu gelées, d’un ou deux mètres de haut. Seule l’altitude et le vent sont éventuellement des obstacles. Avec Rémy, on s’avale 3 paracétamol chacun, luttant contre
un mal de tête lancinant.

Et on arrive au pied du glacier.

Le soleil se lève doucement, la lumière timide au début, puis plus violente, rouge, orange, violette, nous dévoile le Citlaltepetl dans toute sa splendeur.

On est à 4900 mètres, et là, miracle, il n’y a pas de vent…

L’espoir revient, et l’idée, qu’on avait presque effacée de nos têtes, d’arriver au sommet, se présente à nous avec évidence. Le climat sera clément, à en croire les apparences. Nos prières
auraient-elles été entendues ?

Forts de ce changement radical de situation, on repart, du baume au cœur. Il ne reste plus que le glacier, la cime semble toute proche ! On s’applique à respecter les consignes de sécurité
de Franco. Bien écarter les pieds, la corde toujours tendue, piolet-pied droit- pied gauche- piolet…
On commence une ascension lente, difficile, avec une pente à 45 degrés, pénible et surtout … interminable. On nous avait pourtant prévenus de ne pas regarder en haut…

Piolet- pied gauche- pied droit- piolet… et on tourne… piolet- pied droit- pied gauche- piolet… on tourne. On monte en zig-zag en évitant les crevasses recouvertes de neige. Nous ouvrons la
marche avec Franco, puis viennent Mélo et Léo, nos trois boute-en-train arrivent après.

Il s’avère que Wil est plus doué pour les prières que pour l’ascension. Incapable de tenir son rythme, il fait 10 pas très rapides, 5 moyens, 3 lents, et s’arrête, essoufflé. Un rythme cassé et
cassant pour Karel et Rémy, qui à plusieurs reprises auraient bien envie de lui planter le piolet dans la tête. Rémy, à qui cette vitesse ne convient pas, commence à sentir les effets de
l’altitude.
Après 3 heures de glacier, nous sommes tous épuisés. L’air nous manque, nos forces nous quittent un peu plus à chaque pas. Il faut faire des pauses un peu plus souvent pour boire l’eau qui est
gelée dans nos bouteilles en plastique. Les quelques barres de céréales nous donnent de l’énergie pour les quelques minutes après leur ingestion.


A 5500 mètres, on fait un effort physique violent avec seulement 50% d’oxygène par rapport à l’altitude zéro. Lodewijk et Karel sont encore très lucides, et paraissent physiquement en forme. Rémy
commence à peiner, et a la nausée dès qu’il arrête de marcher. Je suis un peu confuse, je vois la montagne tourner autour de moi, je perds l’équilibre et mes forces s’évanouissent à vue d’œil.
Chaque pas est une lutte pour aller au-delà de mes possibilités physiques. Quant à Mélo, à jeûn depuis la veille, qui continue de vomir, elle est d’une pâleur effrayante, a froid (Léo lui donne,
au fur et à mesure de l’ascension tous ses vêtements…). Franco s’inquiète de son état et lui demande d’enlever son masque. Elle lève un bras faible, ne trouve pas son visage, laisse tomber sa
main et la tentative.
Il faut prendre une décision rapidement. On est à 20 minutes du sommet, qu’est-ce qu’on fait ? 20 minutes, mon œil, ça fait 1000 heures qu’on monte. On hésite. La parole décisive viendra de
Mélo la Guerrière. On est presque arrivés, ce serait dommage d’abandonner si près du but. On repart. Lodewijk et Franco tirent sur ma corde. Tout est question de volonté. Si la tête le veut, le
corps peut y arriver. Ne pas regarder en haut, ne pas penser à la descente qui nous attend, ne pas se plaindre de l’angle de la pente, faire attention à ne pas croiser ses pieds…
Un cri qui résonne, puis deux, Franco et Lodewijk qui hurlent qu’on est arrivés, on va mettre le pied sur le sommet, On s’est grimpé 1700 mètres depuis le refuge, ça y est !!

De bonheur, de soulagement, d’épuisement, de béatitude, on pleure un coup, là haut, à 5675 mètres.

Devant nous s’étalent les plus hauts volcans du Mexique : le Popocatepetl, la Malinche, l’Iztaccihuatl.

La vue est grandiose, vertigineuse. Une mer de nuage cache Puebla, le reste est découvert. On se sent libres, vulnérables, et vivants. Incroyable.

On se force à mettre nos masques de luchadores pour la photo, pour le mythe.


Et puis il faut repartir, car Mélo, Rémy et moi nous sentons mal.
Lodewijk part en premier. Je le suis, encordée, puis Franco. Devant nous, le vide. La pente paraît encore plus raide à la descente.
Bien écarter les pieds. Je suis si faible que je titube. Je m’arrête plusieurs fois. Franco prend mon sac. Mes lèvres, mes cernes sont noires. Mon sang circule mal. Il faut redescendre rapidement à
5000 mètres. Mélo, cas critique elle aussi, et Léo nous dépassent
à grande vitesse. Rémy, malade, aura besoin de Karel pour arriver à une altitude
tolérable, Wil, pas fier non plus, ne lui sera pas d’un grand secours. Une descente interminable.
En bas du glacier, on change les cordées. Rémy va être avec Franco, Mélo et moi avec Léo, Lodewijk et Karel avec Wil. Notre état physique s’améliore incroyablement naturellement dès qu’on passe
sous la barre des 5000 mètres. C’est à ce moment qu’on réalise un peu qu’on a réussi à grimper jusqu’en haut, qu’on a descendu le glacier sans encombre, le sourire revient sur nos visages.
C’était pas gagné pourtant…

Le reste de la descente se fera chacun à son rythme. Mes douleurs cervicales reviennent avec force, je ne peux strictement plus bouger la tête, je serai la dernière à atteindre le refuge. Mélo,
une des premières alors qu’elle continue de vomir toutes les demi-heures environ, une force de la nature, qui nous a unis dans la montée, qui nous impressionne complètement dans la
descente.
Arrivés au refuge, après 13 heures de marche, Franco nous annonce qu’on est montés en un temps record. Le temps moyen d’une ascension du Pico de Orizaba est entre 8 heures et 9 heures. Plus,
c’est qu’il y a un problème. Moins, c’est qu’on est rapides. 7h40, c’est notre temps. Rapides, donc.
Un repas chaud nous attend, des bonnes pates à l’italienne, un thé. Le sourire béat, les corps endoloris, des images plein la tête, on parle peu, on savoure…

Retour à la civilisation, fourbus, on remerciera Franco pour son professionnalisme et son sérieux, échange de mails, on s’enverra les photos. Une expérience forte et inoubliable. A vie… on est
frères du Pico.

On essayera vainement, à Puebla, de trouver un bus non complet, on dormira dans le froid de la gare routière, on mettra 15 heures à rentrer à Huatulco, mais après tout, après avoir vu le Mexique
d’en haut, on peut bien supporter ces petites galères d’en bas…